Voeux 2018 / Discours de Céline Malaisé

Jan 30, 2018 | En séance

Bonsoir à toutes et à tous,

Mesdames, Messieurs,

le sénateur,

les députés,

les conseillères-conseillers régionaux,

les conseillère-conseillers de Paris et départementaux,

les maires,

les conseillères-conseillers municipaux,

les responsables politiques, associatifs et syndicaux,

Chèr-e-s ami.e.s, cher.e.s camarades,

Vous toutes et tous aux côtés desquels nous arpentons le chemin caillouteux de la reconstruction d’un projet d’émancipation sociale et de sauvegarde de l’humanité, nous vous remercions d’avoir répondu à notre invitation pour cette cérémonie des vœux 2018 du groupe Front de gauche d’Ile-de-France.

Avec l’ensemble des conseiller-e-s régionaux ici présents : Lamine Camara, Taylan Coskun, Sylvie Fuchs, Vanessa Ghiati, Fabien Guillaud-Bataille, Michel Jallamion, Didier Mignot, Jean-Michel Ruiz, et moi-même, nous vous présentons tous nos vœux de bonheur, de santé et de bien être social pour cette nouvelle année.

Nous avons placé notre cérémonie sous le signe de l’égalité car comme l’écrivait Diderot à Sophie Volland : «  de tous les rapports, le plus simple, est celui d’égalité. » L’égalité cette passion française, si dénigrée, a toujours été très vivace de la conjuration des égaux de Babeuf au CNR en passant par le Front populaire.

Et pourtant, chaque année, les inégalités se creusent.

Le dernier rapport de l’ONG Oxfam livre des chiffres vertigineux. 42 personnes sur la planète possèdent autant la moitié des terriens soit 3,5 milliards de personnes. Si les inégalités ne s’étaient pas creusées cela aurait permis à 200 millions de personnes supplémentaires de sortir de la pauvreté. En France, les 10% les plus riches détiennent plus de la moitié des richesses. 32 milliardaires français possèdent autant que plus de 26 millions d’habitants. La France est aussi la championne d’Europe pour les dividendes versées par les entreprises à leurs actionnaires qui ont été multipliées par 3 en 15 ans alors que le salaire moyen n’a augmenté que de 14% dans le même temps.

Le cri d’alarme de 15 000 scientifiques sur l’état de notre planète qui brûle doit être aussi entendu. Si nous n’opérons pas un changement radical dans notre occupation temporaire de la Terre, nous allons vers de grandes misères humaines annoncent-ils dans cet avertissement.

Mais comme, il faut dans chaque moment se souvenir de Gramsci et donc allier le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté, 2017 porte potentiellement en elle des racines d’une révolution politique d’ampleur.

La libération de la parole des femmes refusant le sexisme et les violences peut reconfigurer les rapports entre les êtres humains et faire vaciller la domination masculine. Cette vague de fond de prise de conscience de l’oppression des femmes touche le cœur même du patriarcat. C’est en ce sens que ce mouvement est porteur d’émancipation sociale et un des escaliers sur le chemin de l’égalité. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à regarder le niveau de riposte des thuriféraires réactionnaires.

Nos regards pourraient aussi plus se tourner vers le Portugal, ce petit poucet de l’Europe longtemps décrié par la commission européenne et qui, sous l’action d’un gouvernement réunissant socialistes, communistes et bloc de gauche a su desserrer le corset de l’austérité, relancer la croissance et réduire par deux le chômage avec la mise en œuvre de politiques de la demande.

Une expérience politique qui pourrait instruire la gauche française. Notre camp social qui vient de subir une défaite politique, sociale et idéologique majeure au printemps dernier et dont la situation résonne étrangement avec cette sublime parole et idiotie de Nasr Eddin Hodja dont je souhaite vous faire part. Hodja étant la gauche et le voisin le peuple.

« Nasr Eddin creusa un trou profond dans son jardin, qu’il comble ensuite de pierres ; un voisin le voit faire et l’interpelle ironiquement :

– Hé Hodja ! C’est très bien à toi de faire disparaître les pierres, mais que vas-tu faire de la terre que tu as retirée ?

– Rien de plus simple, répond Nasr Eddin : je la mettrai, dans un autre trou, que j’aurais creusé après celui-ci.

– Très ingénieux, Nasr Eddin ! Mais dis-moi, la terre que tu auras retirée du deuxième trou, qu’en feras-tu ? La mettras-tu dans un troisième ?

– Allons laisse moi tranquille maintenant. Je n’ai pas le temps de t’expliquer mon plan dans tous les détails. »

 

Pourtant devant les grandes épreuves qui attendent notre camp, outre une lucidité exigeante, il va falloir un plan pour mener une guerre de position face à la déferlante macroniste, face à cette contre révolution libérale qui a pour dessein de changer de fond en comble la physionomie de la France. Ce big bang social révélé par le big bang fiscal de la loi de finances 2018 qui transfère toutes les richesses au service de l’oligarchie financière est le projet de Macron. Il s’accompagne d’une casse sans précédent des droits individuels et collectifs dans le monde du travail qui laisse les mains libres au patronat pour licencier, délocaliser et précariser davantage. Une chape de plomb est posée avec comme seul horizon possible l’austérité. Cela se ressent dans la diminution de l’effort de solidarité en direction des plus fragiles comme avec la baisse des APL ou la suppression des contrats aidés ou encore l’affaiblissement des services publics avec la suppression de 110 000 postes en 5 ans. Et Macron veut mettre la dernière main à la mise à bas du pacte social hérité du CNR en explosant les derniers dispositifs de protection sociale avec la liquidation de l’assurance chômage ou la remise en cause de la retraite par répartition. Pour les collectivités locales, la réduction de la dépense publique revient à les étrangler et à les mettre en concurrence. La question de la métropole du Grand Paris avec la disparition programmée des départements de petite couronne et la dévitalisation des communes, auxquelles nous nous opposons, est à lire sous cet angle. La rétraction de la puissance publique s’accompagne d’une recentralisation et d’une hyper concentration des pouvoirs remettant en cause le principe même de démocratie.

Finalement, en Ile-de-France, ces orientations et ces méthodes sont peu ou prou celle de la droite régionale et de Valérie Pécresse ! Si elle s’efforce de paraître critique envers Macron et le gouvernement, nombre de ses politiques s’inscrivent dans les pas de l’exécutif national et certaines les ont même devancés.

Réduire drastiquement les dépenses publiques et les réorienter en fonction d’intérêts très particuliers : des coupes qui sabrent des politiques cruciales comme l’agriculture bio ou encore la prévention des violences scolaires qui ont disparu au profit des lycées privés et des grands groupes. Budget après budget, la fausse ritournelle des économies de la droite est en réalité l’amoindrissement des services publics au détriment de l’intérêt général.

Pour les transports, Pécresse annonce à grands renforts d’interview la « révolution ». Mais ni ses budgets n’en portent la trace, ni les usagers n’en ont vu la couleur sauf à penser que les augmentations successives du Navigo sont un signe révolutionnaire ! Les associations d’usagers pointent même durement le sous-investissement pour les transports en commun qui ont perdu 80 millions depuis 2015. Pour les gares et infrastructures ferroviaires, ce sont moins 30 millions et un délaissement du fret ferroviaire et fluvial. La priorité est donnée à la route à rebours des enjeux climatiques et de la lutte contre la pollution de l’air. Avoir supprimé la gratuité des transports en commun en cas de pic de pollution reflète bien les choix politiques de la droite régionale.

Quant au super métro Grand Paris Express, l’engagement de la droite régionale est à géométrie variable alors que le gouvernement a posé une épée de Damoclès sur des lignes ou tronçons et sur le calendrier de réalisation. Le soutien de la droite régionale à la ligne 18 qui dessert Saclay et les Yvelines est fort alors que celui aux lignes 16 et 17 qui desservent la Seine-Saint-Denis et la Seine et Marne est quasi-inexistant. Alors que le gouvernement use d’une méthode qui prépare le terrain du renoncement à une partie de cette boucle pourtant indispensable à des millions de Franciliens, sur tous les territoires, nous devons être mobilisés dans un front large avec les habitants et les élus des territoires pour sa réalisation effective dans les délais prévus.

Mobilisés, nous le sommes également pour le maintien et élargissement des tarifications sociales comme pour celle les retraités. Après la mise en œuvre dans le Val-de-Marne ou les annonces à Paris, elle doit être étendue à l’ensemble des retraités franciliens.

Mobilisés, nous le sommes aussi pour le droit au logement pour tous. Pécresse poursuit sa guerre contre le logement social : coupes de 50 millions, arrêt des subventions régionales sur le périmètre métropolitain pour accélérer l’éloignement des classes populaires, suppression de 10 millions pour le logement des jeunes et étudiants, suppression de l’aide à la réhabilitation des copropriétés dégradées, à la lutte contre le saturnisme, aux foyers de migrants… Et, dans le même temps, l’attribution de nombreuses subventions pour divers équipements à des villes qui ne respectent pas la loi SRU.

Mobilisés, nous le sommes aussi sur les questions de santé en relayant les mobilisations des personnels hospitaliers, médicaux et paramédicaux et en portant l’exigence d’un moratoire sur les fermetures de services ou de centres hospitaliers et la création de centres de santé dans les déserts médicaux.

Mobilisés, nous le sommes auprès des agents de la Région qui voient leurs conditions de travail dégradées du fait de la restructuration à marche forcée des services ou encore au déménagement hâtif dans des open space. Dans les lycées, nous sommes aussi mobilisés auprès des agents comme à Noisy-le-Sec ou auprès des lycéens et personnels du lycée Brassens de Villeneuve-le-Roi qui refusent justement de travailler dans des locaux amiantés et en appellent au principe absolu de précaution.

Nous étions cette semaine aux côtés des salariés de l’IAU, fondation d’utilité publique essentielle à l’aménagement de la région qui après avoir été forcé de fusionner avec d’autres organismes environnementaux voient son budget baisser, sa capacité d’expertise amoindrie et se trouve devant l’obligation de licencier tout en étant caporalisé par la droite régionale.

Mobilisés, nous le sommes aussi aux côtés des habitants, des associations et des élus contre le projet Europacity pour lequel l’avis du débat public rendu l’an passé a été négatif. Valérie Pécresse et le gouvernement doivent l’entendre et abandonner ce projet de bétonisation qui menace des terres agricoles parmi les plus fertiles en Ile-de-France. Mais quand la droite régionale transfère aux chambres d’agriculture dirigées par la FNSEA les aides régionales, on ne peut pas s’attendre à une vraie volonté de transition de l’agriculture vers un modèle durable.

Mobilisés, nous le sommes aussi aux côtés des acteurs associatifs et notamment des associations environnementales, culturelles, sportives ou citoyennes qui maillent les quartiers et tissent du lien social et qui ont vu le soutien régional fondre ou complètement disparaître. Moins 80 millions en 2016. Nous avions proposé un plan d’urgence pour le monde associatif qui a été rejetté par la droite régionale en même temps qu’elle supprimait les emplois-tremplins associatifs financés par la région. Une politique d’avant-garde macroniste en somme.

Ce sont ces exigences sociales, ces urgences environnementales que nous portons dans l’hémicycle. C’est ainsi que nous concevons notre mandat d’opposition au rouleau compresseur de la droite régionale. Etre aux côtés, porter la voix de ceux qui font l’Ile-de-France, poser les jalons d’une alternative pour les 12,8 millions de Franciliens.

Etre élu d’opposition s’apparente aussi à un travail de fourmi où chaque délibération est décortiquée pour y débusquer de possibles loups.

La galaxie de la soi-disant Manif pour Tous n’a plus beaucoup de secret pour nous. Entre le soutien aux associations contre le droit à l’IVG ou homophobes ou celui aux écoles Espérance Banlieues, école hors contrat d’endoctrinement qui a comme projet de rebâtir une unité nationale sur les valeurs du catholicisme, avec la droite conservatrice de Pécresse beaucoup y passe. Le poids culturel de l’ordre moral de certains élus est prégnant sur la politique de Pécresse. Nous le dénonçons, alertons, rendons public et faisons en sorte d’interpeller les autorités de l’Etat pour respecter la loi.

La victoire de cette semaine avec l’annulation par le tribunal de la suppression de la tarification sociale dans les transports pour les bénéficiaires de l’AME est une excellente nouvelle. Ayant voulu faire de cette mesure inique et xénophobe, un symbole de sa politique, Pécresse vient de subir un véritable camouflet. Reste à veiller que maintenant elle respecte la loi et le rappel à la loi qui vient de lui être fait.

Ce n’est pas le seul sujet où elle souhaite faire bouger le cadre législatif en prenant des délibérations qui pourraient faire jurisprudence. La clause Molière, mesure xénophobe visant les salariés d’origine étrangère a été remise en cause par le préfet et plusieurs tribunaux, nous restons vigilants pour qu’elle ne soit pas appliquée en Ile-de-France et qu’elle soit annulée.

En ayant fait adopter une charte de la laïcité qui fait sortir l’Ile-de-France du cadre républicain commun et dont la signature est la seule condition imposée aux partenaires régionaux pour être subventionné, Pécresse dévoie ce principe républicain fondamental et voulait l’imposer aux communes, départements, Etat… Nous nous sommes mobilisés avec des collectivités. Elle a été rappelée à la loi par le préfet et a du faire, en partie, marche arrière.

Lanceurs d’alerte, nous le sommes aussi concernant l’utilisation de PPP pour la construction de nouveaux lycées. Véritables bombes financières à retardement, ils grèvent les finances publiques, pèsent sur les contribuables et font la part belle aux grands groupes du BTP au détriment des TPE-PME locales. Ce qui n’est pas très étonnant venant de la droite régionale qui a introduit la possibilité d’un soutien régional direct aux grands groupes.

Lanceurs d’alerte, nous le sommes aussi sur le désinvestissement de la Région des questions sociales. En divisant par deux le budget d’action sociale, en supprimant des dispositifs tels que la participation à l’éradication des bidonvilles ou le soutien aux associations oeuvrant pour les sans abris, Pécresse ne peut décemment pas jouer bien longtemps à la dame patronnesse alors que sa politique est totalement anti-sociale.

Face à cette politique de casse sociale favorable à ceux qui possèdent, éloignée de l’intérêt général, notre groupe est combattif et déterminé. Pied à pied, il s’oppose et, sujet après sujet, il propose pour poser les jalons d’une alternative progressiste, solidaire et écologique.

Ce fut le cas notamment cette année avec notre plan d’urgence pour les quartiers populaires, dans lequel nous avons rappelé que ces quartiers et leurs habitants, qui sont une véritable richesse pour notre Région, se trouvent pourtant délaissés tant par l’Etat que par la Région. Nous avons formulé des propositions fortes de droit commun en matière d’égalités socio-économiques, de droits, d’accès aux services publics, à l’éducation, à la santé, ou encore d’engagement citoyen et de vie associative. Autant de points qui ont été rappelés à Grigny lors Etats généraux des quartiers populaires. Car, nous exerçons notre mandat en gardant comme boussole le credo de Jaurès : « Je n’ai jamais séparé la République des idées de justice sociale sans lesquelles elle n’est qu’un vain mot. »

Avant de vous inviter au pot de la fraternité pour fêter cette nouvelle année, je tiens à remercier pour leur travail de qualité, leur disponibilité, leur réactivité, les collaboratrices et collaborateurs du groupe.

Paris le 26 janvier 2018

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