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CONSEIL RÉGIONAL DU 19 SEPTEMBRE 2019

Vœu du groupe Front de Gauche

Climat : tous les signaux sont au rouge

Le groupe Front de gauche du Conseil régional d’Île-de-France propose la création d’un comité régional d’expertise et d’anticipation des effets du réchauffement climatique. EN complément à la lutte indispensable contre le réchauffement, il aura pour but d’anticiper et d’adpter les politiques régionales face à cet enjeu majeur.

La progression du réchauffement climatique et ses très lourdes conséquences sont aujourd’hui indiscutables. Tous les signaux sont au rouge : phénomènes météorologiques extrêmes, raréfaction des ressources de la planète, en particulier de l’eau, pollutions majeures, multiplication des dangers sanitaires, atteintes à la biodiversité, sont autant d’enjeux majeurs auxquels l’humanité doit faire face, et dont les effets sont aggravés par les inégalités économiques et sociales.

Nul ne peut en effet nier la réalité du réchauffement et son accélération au cours des dernières décennies. L’essentiel du réchauffement eu lieu au cours des trois dernières décennies. La NASA indique que 16 des 17 années les plus chaudes ont été enregistrées depuis 2001. Dans les océans, les 75 premiers mètres de profondeur se sont réchauffés de 0,11°C en moyenne par décennie entre 1971 et 2010. La masse des nappes glaciaires a également diminué : l’Antarctique perd approximativement 118 milliards de tonnes de glace par an ; le Groenland et l’Islande 281.

Le dioxyde de carbone (CO2) est le principal agent du réchauffement climatique, et ce sont les activités humaines de combustion de carburants fossiles, de déforestation et d’exploitation des terres, soutenues par la croissance économique et démographique, qui ont principalement contribué à l’augmentation de ses émissions depuis l’époque préindustrielle.

Environ la moitié des émissions humaines cumulées de CO2 entre 1750 et 2011 ont eu lieu au cours des 40 dernières années. Elles ont même augmenté plus rapidement entre 2000 et 2010, à un rythme de 2,2% par an, qu’au cours de chacune des trois décennies précédentes, qui enregistraient alors une hausse de 1,3% par an.

Selon des scientifiques de l’université ETH de Zurich, qui ont comparé selon un scenario « optimiste » les conditions actuelles de villes comme Paris, Londres, ou Stockholm à celles qu’elles connaîtront en 2050, le futur climat à Londres pourrait ressembler à celui de Madrid aujourd’hui, celui de Stockholm à celui de Budapest, et celui de Paris à celui Canberra.

Sur le plan économique et social, le modèle sur lequel reposent aujourd’hui les logiques de croissance sera de plus en plus durement affecté. Les évènements météorologiques extrêmes, qui détériorent les infrastructures et les réseaux de service public, ont déjà un coût important qui continuera d’augmenter. Les conséquences sanitaires de ces évènements vont peser davantage sur les dépenses de santé. Concernant le secteur agricole, celui-ci verra ses rendements affectés, avec pour conséquence, en particulier si les modes de production actuels sont maintenus, une aggravation des risques d’insécurité alimentaire.

Sur le plan social, les changements climatiques vont précariser les conditions de vie des populations les plus fragiles, bénéficiant d’une moindre capacité financière et matérielle d’adaptation, ce qui va contribuer à accroitre les inégalités, et accélérer les déplacements de populations à travers le monde et à l’intérieur des continents et des pays.

En dépit des alertes répétées des scientifiques, et des mobilisations citoyennes de plus en plus massives dans le monde notamment portées par de nombreux jeunes, les réactions des pouvoirs publics et économiques restent très largement insuffisantes.

Accélérer la lutte et anticiper les effets du réchauffement climatique : le rôle des collectivités

Si la décennie 2000-2010 a vu la mise en œuvre d’un nombre croissant de politiques visant à atténuer le changement climatique, celles-ci demeurent totalement sous dimensionnées. La lutte contre le réchauffement doit impérativement être renforcée et accélérée. Ce qui doit être mis en œuvre est non pas une transition écologique progressive mais une bifurcation radicale des politiques publiques.Il importe de mobiliser dès maintenant des moyens beaucoup plus conséquents pour réduiredrastiquement les émissions de gaz à effet de serre ; il faut urgemment changer de paradigme afin de de maintenir un climat vivable sans conséquences préjudiciables supplémentaires pour la vie humaine et la biodiversité.

Toutefois, l’annulation pure et simple des changements initiés semble déjà hors d’atteinte. Selon l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc), l’inertie du système climatique est telle qu’il n’est pas possible d’enrayer la tendance du réchauffement global d’ici à 2050.

Les températures vont continuer à augmenter durant le XXIesiècle. Les différents territoires doivent donc s’adapter aux changements climatiques déjà en cours. Il ne s’agit aucunement d’abandonner l’angle préventif pour aborder la question climatique qui doit éviter l’ingérable pour l’humanité, mais de mener de front préventif et curatif, qui sont différents mais complémentaires, afin d’aussi gérer l’inévitable.

Un rapport d’information a été présenté en mai 2019 au nomla délégation sénatoriale à la prospective, à propos de « l’adaptation de la France aux dérèglements climatiques à l’horizon 2050 ». Ce rapport entend éclairer le 2ème Plan national d’adaptation au changement climatique lancé fin 2018. Il met en avant, à juste titre, le caractère prioritaire des politiques d’adaptation au changement climatique. Il insiste ainsi sur le nécessité d’inscrire plus activement l’adaptation des territoires au changement climatique dans le débat public, pour renforcer la connaissance et la légitimité de ses enjeux. Il préconise également d’accentuer l’effort national et de renforcer l’accompagnement par l’État des collectivités et des acteurs économiques.

Soulignant en outre le rôle des collectivités dans cette action, il met particulièrement en avant celui des régions, en tant qu’« échelons pertinents pour définir une stratégie d’adaptation intégrée ».

Un outil pour anticiper l’adaptation au réchauffement climatique en Île-de-France

Concernant la Région Ile-de-France, il est aujourd’hui urgent qu’elle renforce, à plusieurs niveaux, ses engagements dans les politiques de lutte contre le réchauffement climatique : au niveau de la transition énergétique, par la mobilisation de moyens plus conséquents en faveur du développement des énergies renouvelables, de la réduction des consommations d’énergies et des émissions de GES, passant par la rénovation du bâti et le développement conséquent des transports en commun et des modes doux de déplacements ; au niveau des politiques d’aménagement en luttant plus efficacement contre l’artificialisation des sols et en développant davantage les espaces verts ; au niveau des politiques agricoles, en favorisant le passage vers un modèle durable. Dans le champ des compétences régionales, l’accélération du réchauffement climatique doit trouver une réponse dans l’accélération des politiques régionales de transition climatique.

Mais l’Ile-de-France doit impérativement, elle aussi, prendre davantage en compte les enjeux de l’adaptation aux changements climatiques et de leur anticipation : la multiplication et l’intensification des épisodes de canicules, des phénomènes pollution atmosphériques, la tendance sur certains territoires franciliens à la raréfaction des ressources en eaux, les conséquences sanitaires de ces évènements, tout comme leurs impacts sur la faune et la flore locales doivent nous alerter davantage. La transformation de la géographie physique et humaine de notre territoire, les contraintes et les risques aggravés que le réchauffement climatique fait peser sur l’existence des Franciliens doivent être précisées, prises en compte afin que des politiques d’adaptation soient mises en œuvre urgemment par notre collectivité publique. Si rien n’est planifié, anticipé par la puissance publique, le réchauffement climatique accélérera les inégalités sociales et territoriales face aux nécessaires mesures d’adaptation climatiques.

Les conséquences de ces phénomènes multiples doivent être mieux évaluées et anticipées.

Notre collectivité doit pour cela se doter de nouveaux outils d’analyse et de prospective pour progresser sur ses différents domaines d’intervention, de sa compétence, ou pour lesquels elle peut jouer un rôle de coordination des différents acteurs : aménagement, transports, développement économique, agriculture, énergie, etc.

D’autres régions ont d’ores et déjà pris l’initiative de mettre en place de tels outils, à l’image du projet AcclimaTerra, imaginé par la région Nouvelle-Aquitaine, afin de doter le territoire régional d’un groupe d’experts scientifiques permanent, indépendant, capable d’apporter aux acteurs du territoire les connaissances nécessaires à leur stratégie d’adaptation au changement climatique.

Ce groupe a ainsi produit un ouvrage de synthèse avec l’apport du travail pluridisciplinaire de 163 experts. Ce travail scientifique présente un ensemble d’enjeux et de recommandations aux décideurs politiques et économiques régionaux. Il a en outre été valorisé par un travail de pédagogie et d’information sur les territoires, auprès des acteurs économiques, mais aussi des lycéens et des étudiants.

Au regard des enjeux évoqués ci-dessus, on comprend donc que la Région Ile-de-France aurait tout à gagner à s’inspirer de cette initiative, en se munissant d’un instrument de ce type, qui ne soit pas un nouvel instrument de communication, mais au contraire un instrument d’anticipation planificatrice alimenté par les savoirs de scientifiques, d’experts et d’organisations citoyennes engagées sur ces enjeux.

 

Ainsi :

– considérant que le renforcement indispensable des politiques de lutte contre les changements climatiques ne permettra probablement pas, compte tenu des phénomènes d’inertie, d’enrayer la tendance du réchauffement global d’ici à 2050 ;

– considérant qu’il importe d’anticiper dès à présent les lourdes conséquences environnementales, sanitaires, économiques et sociales du réchauffement climatique ;

– considérant le rôle déterminant qu’ont à jouer les puissances publiques dans ce travail d’évaluation et d’anticipation ;

– considérant le rôle majeur que les régions seront amenées à jouer dans l’adaptation des territoires au réchauffement climatique ;

– considérant la nécessité d’appuyer des politiques d’adaptation climatiques sur les compétences de scientifiques, d’experts et d’organisations citoyennes spécialisés ;

 

La Région Ile-de-France s’engage à mettre en place, dans le premier semestre 2020, un comité régional d’expertise et d’anticipation des effets du réchauffement climatique.

Ce comité pluridisciplinaire, scientifique et citoyen, aura la charge de produire, dans le cadre d’un rapport, une analyse détaillée et approfondie de ces enjeux, avec une attention particulière pour le territoire francilien. Il aura pour charge d’esquisser les différents scenarii pour notre Région et ses habitants à visée 2030 et 2050. Il présentera également un ensemble de préconisations à l’intention des collectivités, des acteurs économiques et des citoyen.ne.s. Ces préconisations devront nourrir les documents directeurs de l’aménagement territorial de l’Ile-de-France (SDRIF, PDUIF…) et être intégrées dans des politiques publiques régionales ou infra-régionales. Ces mesures d’adaptation climatique nécessiteront une volonté politique sans faille mais aussi des moyens financiers accrus que l’État devra mobiliser.

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